Un trottoir mal négocié, une réception de saut ratée, et la cheville se tord. L’entorse de la cheville est l’une des blessures les plus fréquentes, chez les sportifs comme chez tout le monde. Bonne nouvelle : bien prise en charge, elle guérit dans la grande majorité des cas. Mauvaise nouvelle : négligée, elle a tendance à récidiver. C’est là que la rééducation fait toute la différence.
- Une entorse est une lésion des ligaments de la cheville, le plus souvent du ligament latéral externe.
- Les premiers jours, on protège la cheville sans l’immobiliser complètement, puis on remarche dès que la douleur le permet.
- Impossible de poser le pied ou douleur vive sur l’os : consultez un médecin pour vérifier qu’il n’y a pas de fracture.
- La rééducation (mobilité, renforcement, proprioception et stabilisation) réduit nettement le risque de nouvelle entorse.
Qu’est-ce qu’une entorse de la cheville ?
Une entorse correspond à un étirement ou à une déchirure d’un ou plusieurs ligaments, ces petites bandes fibreuses qui relient les os entre eux et stabilisent l’articulation. Dans la très grande majorité des cas, le pied part vers l’intérieur (on parle d’inversion) et ce sont les ligaments situés sur la face externe de la cheville qui souffrent.
On distingue classiquement trois niveaux de gravité :
- Entorse bénigne : les fibres du ligament sont étirées, la douleur est modérée et la marche reste possible.
- Entorse moyenne : une partie du ligament est déchirée, la cheville gonfle davantage et la marche devient difficile.
- Entorse grave : le ligament est rompu, la cheville est instable, le gonflement et l’hématome sont importants.
Attention : l’intensité de la douleur le premier jour ne reflète pas toujours la gravité réelle. C’est l’examen clinique, quelques jours après, qui permet d’y voir clair.1
Les bons réflexes dans les premiers jours
Pendant les 48 à 72 premières heures, l’objectif est de calmer l’inflammation sans « mettre la cheville sous cloche ». Les recommandations actuelles ont évolué : le repos complet et prolongé n’est plus conseillé.2
- Protéger : limitez les appuis douloureux quelques jours, avec des béquilles si nécessaire.
- Surélever : gardez la cheville plus haute que le cœur quand vous êtes assis ou allongé, pour limiter le gonflement.
- Comprimer : une bande de contention ou une chevillière aide à contrôler l’œdème.
- Bouger progressivement : dès que la douleur le permet, remarchez et mobilisez doucement la cheville. Une remise en mouvement précoce aide à réduire la douleur et le gonflement et à récupérer la fonction.3
Côté médicaments, suivez l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien. Le froid peut soulager la douleur, mais il ne doit pas être appliqué directement sur la peau ni trop longtemps.
Quand consulter un médecin ?
Consultez rapidement un médecin, ou les urgences, si :
- vous êtes incapable de faire quatre pas, même en boitant, juste après l’accident ou lors de la consultation ;
- la pression sur l’os (la malléole, le bord externe du pied) est très douloureuse ;
- la cheville est déformée, le pied froid, pâle ou insensible ;
- la douleur ne s’améliore pas du tout après quelques jours.
Ces signes peuvent faire suspecter une fracture ou une lésion plus sévère, qui nécessite une radiographie. Le médecin pourra aussi vous prescrire les séances de kinésithérapie, indispensables pour qu’elles soient remboursées.
La rééducation chez le kiné, étape par étape
Une entorse « guérie » n’est pas forcément une entorse bien rééduquée. Même quand la douleur disparaît, la cheville peut rester raide, moins forte et surtout moins stable. Ce déficit favorise les récidives. La rééducation en kinésithérapie vise à corriger tout cela : les programmes d’exercices réduisent le risque de nouvelle entorse.4
1. Le bilan
Votre kinésithérapeute commence par évaluer la cheville : gonflement, zones douloureuses, amplitudes de mouvement, force, qualité de la marche et équilibre. Ce bilan permet d’adapter le programme à votre entorse et à vos objectifs : reprendre le travail, la course, le foot, la danse…
2. Calmer la douleur et retrouver la mobilité
Dans un premier temps, le kiné utilise des techniques manuelles (mobilisations douces de la cheville et du pied, drainage pour réduire l’œdème) et vous apprend des exercices simples pour récupérer la flexion de cheville, souvent limitée après une entorse.2
3. Renforcer les muscles
Les muscles de la jambe, et en particulier les muscles fibulaires sur la face externe, jouent un rôle de « ligament actif ». Leur renforcement progressif, avec élastiques puis en charge, est un pilier de la rééducation.
4. La proprioception : réentraîner les réflexes de la cheville
C’est une étape clé pour limiter le risque de nouvelle entorse.5 La proprioception, c’est la capacité de votre corps à savoir, sans regarder, dans quelle position se trouve votre cheville. Les ligaments contiennent de nombreux capteurs qui informent en permanence le cerveau. Quand ils sont lésés, ces informations arrivent moins bien : la cheville « répond » plus lentement quand le pied part de travers, et le risque de récidive augmente.
Le travail proprioceptif réentraîne ce système. Il progresse par étapes :
- Équilibre statique : tenir sur un pied, d’abord les yeux ouverts, puis les yeux fermés.
- Sol instable : coussin, mousse, plateau de Freeman, demi-ballon, pour obliger la cheville à s’ajuster en continu.
- Double tâche : garder l’équilibre en lançant un ballon, en tournant la tête ou en réalisant un mouvement des bras, pour que le contrôle devienne automatique.
- Situations dynamiques : réceptions de petits sauts, pas chassés, changements d’appui, proches des gestes de votre sport.
5. La stabilisation : une cheville solide dans toutes les positions
Une cheville stable, ce n’est pas seulement de bons ligaments : c’est surtout des muscles capables de réagir vite et de verrouiller l’articulation au bon moment. Le travail de stabilisation associe le renforcement des muscles fibulaires, du mollet et des petits muscles du pied, et le contrôle de toute la chaîne : genou, hanche et tronc. Un genou qui rentre vers l’intérieur ou une hanche qui manque de force peuvent en effet déséquilibrer la cheville à chaque appui.
Votre kinésithérapeute vérifie ainsi la qualité de vos appuis (squat sur une jambe, fentes, réceptions de saut) et corrige les compensations. Les exercices de mobilité articulaire active complètent ce travail : une cheville qui a retrouvé toute sa flexion et que vous contrôlez sur toute son amplitude s’adapte mieux aux terrains irréguliers.
6. Reprendre le sport
Pour les sportifs, la fin de la rééducation comprend des exercices plus dynamiques : sauts, changements de direction, course. La reprise se décide sur des critères concrets (absence de douleur, force et équilibre comparables à l’autre côté) plutôt que sur un simple délai. Nous détaillons cette phase dans notre article sur la kiné du sport.
Combien de temps dure la guérison ?
Tout dépend de la gravité. Une entorse bénigne permet souvent de reprendre une vie normale en une à deux semaines. Une entorse moyenne demande en général plusieurs semaines, et une entorse grave plusieurs semaines à quelques mois avant un retour complet au sport. Le nombre de séances de kiné est adapté à chaque situation : votre kinésithérapeute vous l’indiquera après le bilan.
Comment éviter les récidives ?
- Allez au bout de la rééducation, même si vous n’avez plus mal.
- Continuez les exercices d’équilibre quelques minutes par jour, par exemple en vous brossant les dents sur un pied.
- Échauffez-vous avant le sport, notamment pour les sports avec sauts et changements de direction.
- Portez des chaussures adaptées à votre activité et au terrain.
- Parlez-en à votre kiné si vous avez des entorses à répétition : une analyse du mouvement peut identifier ce qui fragilise votre cheville.
Rééducation de l’entorse à Paris 16 : notre accompagnement
Au cabinet PhysioActiv, rue Chardon-Lagache, nous prenons en charge les entorses de cheville à tous les stades, de la phase douloureuse jusqu’au retour au sport. Chaque prise en charge commence par un bilan complet, puis associe techniques manuelles, exercices de renforcement et travail d’équilibre, avec un programme à poursuivre chez vous entre les séances.
Nos kinésithérapeutes, formés à la kinésithérapie du sport, accompagnent aussi bien les sportifs réguliers que les personnes qui veulent simplement remarcher sans appréhension.
Questions fréquentes
Faut-il immobiliser une entorse de la cheville ?
Pour la plupart des entorses, une immobilisation stricte n’est pas recommandée. On protège la cheville quelques jours (chevillière, béquilles si besoin), puis on remet la cheville en mouvement progressivement. Pour une entorse grave, c’est le médecin qui décide d’une éventuelle attelle.
Quand commencer la rééducation après une entorse ?
Le plus tôt possible, souvent dans les premiers jours, une fois qu’une fracture a été écartée si elle était suspectée. Les premières séances visent surtout à calmer la douleur et le gonflement, puis le programme devient plus actif.
Combien de séances de kiné pour une entorse ?
Il n’y a pas de nombre fixe : il dépend de la gravité de l’entorse, de votre activité et de vos objectifs. Votre kinésithérapeute vous propose un plan après le bilan et l’ajuste selon vos progrès.
Peut-on marcher avec une entorse ?
Oui, dès que la douleur le permet, marcher est même conseillé. Si vous ne pouvez pas faire quatre pas ou si l’os est très douloureux à la pression, consultez d’abord un médecin.
Références scientifiques
- Vuurberg G, Hoorntje A, Wink LM, et al. Diagnosis, treatment and prevention of ankle sprains: update of an evidence-based clinical guideline. Br J Sports Med. 2018;52(15):956. PubMed
- Gaddi D, Mosca A, Piatti M, et al. Acute Ankle Sprain Management: An Umbrella Review of Systematic Reviews. Front Med (Lausanne). 2022;9:868474. PubMed
- Doherty C, Bleakley C, Delahunt E, et al. Treatment and prevention of acute and recurrent ankle sprain: an overview of systematic reviews with meta-analysis. Br J Sports Med. 2017;51(2):113-125. PubMed
- Bleakley CM, Taylor JB, Dischiavi SL, et al. Rehabilitation Exercises Reduce Reinjury Post Ankle Sprain, But the Content and Parameters of an Optimal Exercise Program Have Yet to Be Established: A Systematic Review and Meta-analysis. Arch Phys Med Rehabil. 2019;100(7):1367-1375. PubMed
- Schiftan GS, Ross LA, Hahne AJ. The effectiveness of proprioceptive training in preventing ankle sprains in sporting populations: a systematic review and meta-analysis. J Sci Med Sport. 2015;18(3):238-44. PubMed
