Une gêne à l’avant de l’épaule au crawl, une douleur qui s’installe après les grosses séances, un entraînement qu’il faut écourter : l’épaule du nageur est la plainte la plus connue des pratiquants réguliers. Bien que le terme soit parlant, il ne désigne pas un diagnostic précis. Comprendre d’où vient la douleur permet d’adapter l’entraînement et la rééducation pour continuer à nager.
- L’épaule du nageur désigne des douleurs d’épaule liées à la répétition des mouvements en natation.
- Les hausses brutales de charge d’entraînement et un manque d’endurance des muscles de l’arrière de l’épaule semblent compter parmi les facteurs de risque.
- Bras gonflé, perte de force nette, fourmillements ou épaule qui se déboîte : consultez un médecin.
- Adapter les séances et faire des exercices ciblés aide souvent à reprendre progressivement la natation.
Qu’est-ce que l’épaule du nageur ?
Nager demande à l’épaule un très grand nombre de rotations à chaque séance, bras levé. Ce sont les muscles et les tendons de la coiffe des rotateurs, ceux qui stabilisent l’épaule, ainsi que les muscles qui orientent l’omoplate, qui encaissent cette répétition. Lorsque la charge dépasse ce que les tissus tolèrent, une douleur peut apparaître. Elle correspond souvent à une tendinopathie de la coiffe des rotateurs, mais d’autres causes existent, d’où l’intérêt d’un examen.
La douleur touche des nageurs de tous âges. Les adolescents de compétition sont particulièrement concernés, et chez eux le volume d’entraînement est associé à la douleur.1
Pourquoi l’épaule fait-elle mal ?
La recherche n’a pas encore identifié de cause unique. Une revue systématique a étudié 80 facteurs de risque chez les nageurs de compétition, sans preuve forte pour aucun d’entre eux. Deux pistes se dégagent pourtant de l’étude la plus solide : les pics de charge, quand l’entraînement récent augmente trop vite par rapport aux semaines passées, et le manque d’endurance de force de l’arrière de l’épaule.2
D’autres éléments sont souvent associés à la douleur selon l’âge et le niveau : une épaule très souple ou laxe, un muscle petit pectoral raide, une rotation modifiée de l’épaule ou une moindre force des muscles de l’omoplate. Ces liens restent de niveau limité à modéré, et très peu de données concernent les nageurs adultes dits « masters ».3 À l’inverse, la fréquence des entraînements, la nage de spécialité, le sexe ou l’âge ne semblent pas liés à la douleur, et les résultats sur l’amplitude de rotation sont discordants d’une revue à l’autre.2 Les entraîneurs évoquent aussi souvent la technique, comme l’entrée de la main dans l’eau ou la respiration d’un seul côté, mais son rôle reste difficile à mesurer.
Les symptômes
La douleur se situe en général à l’avant ou sur le côté de l’épaule. Elle apparaît d’abord en fin de séance, puis parfois plus tôt, en particulier lors de la phase où le bras entre dans l’eau et tire. Vous pouvez aussi ressentir une gêne pour lever le bras, dormir sur le côté ou pendant certains gestes du quotidien.
Quand consulter un médecin ?
Consultez rapidement un médecin, ou les urgences selon la situation, si :
- la douleur fait suite à un choc, une chute ou une épaule qui s’est déboîtée ;
- vous ne parvenez plus à lever le bras, ou vous avez perdu nettement de la force ;
- le bras devient gonflé, lourd, bleuté ou froid ;
- vous ressentez des fourmillements ou une douleur qui descend dans le bras ;
- la douleur est constante, surtout la nuit, ou s’accompagne de fièvre ou d’un amaigrissement inexpliqué.
Le médecin pourra demander des examens si besoin, et vous prescrire les séances de kinésithérapie, ce qui permet leur remboursement.
Que fait le kiné ?
Chez l’adulte, l’exercice est un élément central du traitement des douleurs de la coiffe des rotateurs. Les programmes axés sur le contrôle du mouvement semblent un peu plus efficaces sur la gêne que des exercices non spécifiques, sans qu’on sache exactement pourquoi.4 Ces données ne concernent pas spécifiquement les nageurs. Chez eux, une revue de la littérature suggère que les exercices aident, mais les études sont de qualité limitée et ces résultats doivent être lus avec prudence.5
1. Le bilan
Votre kinésithérapeute commence par préciser la douleur et votre entraînement : volume, intensité, nages, matériel, progression des dernières semaines. Il examine ensuite les amplitudes de l’épaule, la force, l’endurance, la position de l’omoplate et le dos. Une analyse du mouvement aide à repérer les gestes qui reproduisent la douleur, sans chercher un mouvement « parfait ».
2. Ajuster la charge
Arrêter complètement n’est pas toujours nécessaire. Selon les cas, on réduit le volume ou l’intensité, on varie les nages, on limite temporairement les plaquettes, puis on augmente progressivement. Une douleur modérée, qui reste supportable et se calme rapidement après la séance, sert souvent de repère.
3. Renforcer et gagner en endurance
Le travail cible les rotateurs externes et les muscles qui ramènent l’omoplate vers l’arrière, avec élastiques ou haltères. Un programme de six à huit semaines associant ces exercices à des étirements des pectoraux peut réduire l’apparition de la douleur chez les nageurs. Un programme de plus de douze semaines renforce l’épaule, sans qu’on observe toujours moins de douleur.5 Le renforcement ne suffit donc pas à lui seul : l’endurance et la gestion de la charge comptent aussi.
4. Stabilisation et contrôle moteur
Le travail se poursuit dans des positions proches de la nage : bras levé, appuis sur les mains, mouvements coordonnés avec le tronc et les hanches. Il vise une épaule stable et contrôlée, capable de tenir la répétition. Les exercices de mobilité articulaire active (CARs) complètent ce travail, en explorant toute l’amplitude de l’épaule sous contrôle.
5. Retour dans l’eau
La reprise se fait par paliers : séances plus courtes, intensité modérée, plusieurs nages, puis retour au volume habituel. Les techniques manuelles peuvent soulager, surtout si elles accompagnent les exercices.5 La durée varie selon l’ancienneté de la douleur et vos objectifs : souvent plusieurs semaines, parfois davantage.
Comment prévenir la douleur ?
- Augmentez progressivement votre charge, surtout à la reprise ou lors d’un changement de groupe.
- Gardez de la régularité : évitez les semaines très chargées après des périodes d’arrêt.
- Intégrez du renforcement à sec régulièrement, en ciblant l’arrière de l’épaule.
- Variez nages et exercices et travaillez votre technique avec votre entraîneur.
- Parlez-en tôt : une gêne prise à temps demande en général moins d’adaptations.
Pour les jeunes nageurs, la vigilance s’impose quand le volume augmente fortement : mieux vaut éviter les hausses soudaines et importantes.1
Épaule du nageur à Paris 16 : notre accompagnement
Au cabinet PhysioActiv, rue Chardon-Lagache, nous accompagnons les nageurs, de loisir comme de compétition. Chaque prise en charge commence par un bilan, puis associe adaptation de l’entraînement, renforcement, travail de stabilisation et, si besoin, techniques manuelles. Vous repartez avec un plan clair, à ajuster avec votre entraîneur.
Maxime Bugeon, qui intervient en kinésithérapie du sport et en rééducation de l’épaule, fait partie de l’équipe qui peut vous suivre. Le cabinet est proche de Boulogne-Billancourt.
Questions fréquentes
Faut-il arrêter de nager avec une épaule douloureuse ?
Pas forcément. Souvent, on commence par réduire le volume ou l’intensité et par changer de nage. Si la douleur est forte, persiste après la séance ou fait suite à un traumatisme, faites le point avec un professionnel de santé avant de continuer.
Quelle est la nage la plus sollicitante pour l’épaule ?
Les études ne désignent pas clairement une nage à risque. La charge totale, ses variations et votre tolérance semblent compter davantage. Le plus utile est de repérer les nages et les exercices qui déclenchent votre douleur, puis de les adapter pendant un temps.
Les étirements suffisent-ils à soigner l’épaule du nageur ?
Non, ils ne suffisent généralement pas à eux seuls. Certains étirements peuvent avoir leur place, mais le renforcement, l’endurance de l’épaule et l’ajustement de l’entraînement sont en général au cœur de la prise en charge.
Références scientifiques
- Feijen S, Tate A, Kuppens K, et al. Swim-Training Volume and Shoulder Pain Across the Life Span of the Competitive Swimmer: A Systematic Review. J Athl Train. 2020;55(1):32-41. PubMed
- McKenzie A, Larequi SA, Hams A, et al. Shoulder pain and injury risk factors in competitive swimmers: A systematic review. Scand J Med Sci Sports. 2023;33(12):2396-2412. PubMed
- Kennedy J, Otley T, Hendren S, et al. Sink or Swim? Clinical Objective Tests and Measures Associated with Shoulder Pain in Swimmers of Varied Age Levels of Competition: A Systematic Review. Int J Sports Phys Ther. 2024;19(1):1381-1397. PubMed
- Lafrance S, Charron M, Dubé MO, et al. The Efficacy of Exercise Therapy for Rotator Cuff-Related Shoulder Pain According to the FITT Principle: A Systematic Review With Meta-analyses. J Orthop Sports Phys Ther. 2024;54(8):499-512. PubMed
- Yoma M, Herrington L, Mackenzie TA. The Effect of Exercise Therapy Interventions on Shoulder Pain and Musculoskeletal Risk Factors for Shoulder Pain in Competitive Swimmers: A Scoping Review. J Sport Rehabil. 2022;31(5):617-628. PubMed
